Histoire - N°138 - Octobre/Novembre 2015

Les écoles de la forêt de la Coubre

En plein cœur de la forêt de la Coubre, à proximité de la plage de la Bouverie, l’association Nature en Pays d’Arvert souhaite réhabiliter les bâtiments de l’ancien Pavillon central forestier qui abritait en son sein une école pour les enfants des travailleurs de la forêt. Une autre école s’est installée provisoirement aux Brisquettes après la Second Guerre mondiale.

Dans la première moitié du xixe siècle, l’administration des Ponts & Chaussées fixe près de 3 000 hectares de dunes situées à l’extrémité de la pointe de la Coubre entre 1824 et 1862. Puis cette mission est dévolue à l’administration des Eaux et Forêts qui prend le relais en vertu du décret du 29 avril 1862. Sous la conduite de M. Vasselot de Régné, inspecteur des Eaux et Forêts à La Rochelle puis à Royan, de nouveaux travaux de fixation et boisements sont entrepris. Vers 1890, les travaux sont terminés. Commencent alors la surveillance, la garde et l’entretien de ces 5 000 hectares domaniaux par les gardes cantonniers des Eaux et Forêts.

Pour pouvoir mettre en œuvre ces travaux de fixation puis de pérennisation du massif, l’administration des Eaux et Forêts édifie une douzaine de maisons forestières entre 1867 et 1870 pour les agents forestiers. On édifie un ensemble de bâtiments, maison forestière et annexes, dans un lieu qu’on appelle la Bouverie. La terminologie «bouverie» dérive du latin et du roman bovaria, Bouverie ou Boverie qui signifie tout simplement l’habitation des bœufs et par extension la métairie. C’est en fait une étable pouvant accueillir 42 bœufs que l’on construit d’abord à la Bouverie. L’objectif est pour l’administration des Eaux et Forêts de disposer de ses propres attelages pour pouvoir se déplacer et transporter les matériaux nécessaires aux travaux de fixation des dunes à la Coubre.

Autour du Pavillon s’aménagent des maisons en bois construites par les ouvriers eux-mêmes. Très rapidement ces constructions autour de la Bouverie et du Pavillon central constituent un véritable petit hameau où vivent une vingtaine de familles. Lors d’une visite du préfet dans les dunes en 1878, Lételié écrit que «ces maisons forestières, coquettement bâties en forme de chalets, étaient reliées entre elles par un chemin de fer forestier, se déroulant en long ruban dans le désert». En effet pour faciliter les déplacements et acheminer les matériaux nécessaires aux travaux, l’administration des Eaux et Forêts établit un premier tramway dans la forêt de la Coubre à partir de 1870. Un aiguillage permet au tramway forestier de se rendre au Pavillon de la Bouverie tandis que le trajet principal mène jusqu’au Galon d’Or.

En juin 1881, le texte de loi proclamant une école laïque, gratuite et obligatoire est promulgué. Au cœur de la forêt de la Coubre des parents s’organisent et souhaitent envoyer leurs enfants dans une école mais aucune ne se trouve à proximité. De ce fait, ils adressent en septembre 1881 une pétition au préfet de la Charente-Inférieure afin «de bien vouloir faire décider qu’une institutrice adjointe soit nommée à la Coubre, au Pavillon central forestier pour donner l’instruction gratuite à leurs enfants dont le nombre serait de 22 à 25 en moyenne». Ces enfants à scolariser sont ceux des ouvriers, des préposés des Eaux et Forêts, des gardiens du phare et du sémaphore, et des douaniers. En fait, toute la population travaillant dans la forêt. Le mois suivant, le conservateur des forêts appuie cette demande. Le sous-secrétaire d’Etat, président du conseil des forêts, est favorable à la création d’une école publique. Il offre même la salle de classe, le mobilier scolaire et le logement de l’institutrice dans le Pavillon central. De courriers en navettes, l’Inspection académique et la sous-préfecture de Marennes prennent en main le dossier au printemps 1882. En juin, le Conseil départemental de l’instruction publique approuve la création d’une école de hameau au Pavillon de la Bouverie. La nomination d’une institutrice pose problème mais l’épouse d’un garde forestier, titulaire du brevet d’instructrice, est alors nommée pour s’occuper de l’enseignement.

Une école mixte, dépendante de La Tremblade, est alors aménagée dans les annexes du Pavillon à côté du four à pain, des chais, des toits à cochons et du toit à poules. Pendant une vingtaine d’années, l’école fonctionne correctement. Mais après 1900 la chute des effectifs est importante. Les grands travaux dans la forêt de la Coubre sont terminés. Les ouvriers sont partis et le nombre des fonctionnaires des Eaux et Forêts et des Douanes est en diminution. L’école se maintient tout de même et les instituteurs ou institutrices se succèdent rapidement dans un environnement plutôt hostile au cœur de la forêt et dans une école à l’aménagement spartiate et au confort tout relatif. Dans les années 1930, l’école et les bâtiments se trouvent dans un état déplorable comme le souligne un rédacteur du bulletin du Syndicat des membres de l’enseignement laïque de la Charente-Inférieure : «Je vous engage à aller faire une délicieuse promenade à travers la forêt de la Coubre, vous y rencontrerez l’école du Pavillon qui est un modèle du genre. On ne sait trop si elle a été construite pour faire une écurie ou un toit à porcs. Heureusement que les effluves bienfaisantes des pins corrigent l’insalubrité du bâtiment.»

En 1928, la mise en place d’un ramassage scolaire par un service automobile est envisagée mais faute de financement entre toutes les administrations concernées, ce projet est abandonné. L’école reste en place malgré le faible effectif (entre 4 et 6 élèves en 1929, 1 élève en 1939) jusqu’à la Seconde Guerre mondiale et l’arrivée des Allemands dans la région. Les locaux du Pavillon sont réquisitionnés par l’envahisseur et une entreprise de ramassage d’aiguilles de pin est même autorisée à partir de 1942 à louer le bâtiment. Mais après-guerre, en 1949, avec une augmentation des effectifs scolaires, il faut trouver une solution scolaire pour la douzaine d’élèves, fils et filles de fonctionnaires des Eaux et Forêts, des Ponts & Chaussées et de la Marine. Il est hors de question que les enfants effectuent à travers la forêt la dizaine de kilomètres matin et soir pour être scolarisés. La question du ramassage scolaire est confrontée au même souci qu’avant-guerre. C’est finalement dans un bâtiment construit par les Allemands à proximité de la maison forestière des Brisquettes qu’une salle de classe provisoire s’installe à partir du 20 novembre 1950. Les élèves sont peu nombreux à la fréquenter, deux en 1955. On parle encore de fermer l’école définitivement mais l’administration des Eaux et Forêt se bat pour son maintien et évite la fermeture en 1961 puis en 1963. Mais cinq ans plus tard, en 1968, l’école de la forêt de la Coubre (d’abord au Pavillon puis aux Brisquettes) ferme définitivement ses portes.

C’est cette ancienne école de la Bouverie que l’association Nature en Pays d’Arvert souhaite réhabiliter grâce aux efforts de son vice-président Guy Estève.

 

Christophe Bertaud

 

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